EPISODE 06

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12 weeks romance

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Je prends mon courage à deux mains et j’ouvre enfin les réseaux sociaux pour voir ce que les internautes pensent de 12 WEEKS. Quand je clique sur le hashtag de l’émission, l’ambiance est bien différente des sympathiques messages de mon entourage. Ruby Walsh, Wander Boyz et Li Jin récoltent des félicitations, le web mondial est sous le charme et je peux comprendre. Ruby est qualifiée de diva à la voix d’or. J’en profite pour regarder sa performance que je n’ai pas pu voir parce qu’elle passait juste avant moi. Sa voix de velours me donne la chair de poule ! Elle vit complètement la chanson d’amour qu’elle interprète, je trouve ça fabuleux ! Je ne peux m’empêcher de regarder à nouveau la prestation de Wander Boyz. Comme tout à l’heure, mon regard est attiré par Shin, le leader. Il a l’air tellement joyeux avec son grand sourire et ses yeux noirs intenses… Je suis tentée de chercher des informations en ligne sur lui, mais avant de me faire avaler par le scrolling je me rappelle que j’ai ouvert les réseaux pour voir ce que l’on dit de l’émission…

D’autres messages sont plus méchants. Les filles du Trio Warszawa sont qualifiées de démodées. Il y a des montages de Peter Grey, le ventriloque, avec la poupée Chucky sur les genoux pour souligner son côté creepy. Je ne nie pas qu’il m’angoisse un peu, moi aussi, mais je ne comprendrai jamais la cruauté des gens sur internet.

Quant à moi, j’ai le droit au hashtag #boring, à grand renfort de gifs de personnes qui ronflent ou qui s’endorment. #boring, bon sang, je n’en reviens pas. Je crois que personne ne m’avait jamais qualifiée d’ennuyeuse avant. En général, on me dit que je suis pétillante, que j’apporte de la couleur et de la joie. #boring. J’ai envie de pleurer tellement je trouve ça injuste. Je laisse mon téléphone sur le lit et me lève pour faire quelques pas pour réfléchir. Je croise mon reflet dans le miroir de ma chambre et je ne me reconnais pas. Ces cheveux lisses, cet uniforme sage, cet air triste… J’ai l’impression d’observer une autre personne. J’essaie de me sourire pour me donner un peu de courage, mais cela ressemble juste à une grimace. Les larmes que je retiens depuis mon passage au crible devant les juges coulent. Je m’assois sur mon lit et je visionne ma glambot diffusée sur le compte de l’émission. Là non plus, je ne me reconnais pas. Je suis tellement fade, je ressemble à un zombie. Il n’y a rien de glamour dans ma glambot. Je regarde ma prestation et pour la troisième fois, je me demande qui est cette personne sur la planche. C’est propre et c’est lisse, mais effectivement, c’est #boring.
Voilà pourquoi ce hashtag me fait si mal. Parce qu’il est vrai.


Une fois encore, je m’agite dans mon lit sans parvenir à trouver le sommeil. Les commentaires lus sur les réseaux tournent dans ma tête et me retournent l’estomac. J’ai besoin de respirer…

Je me lève et ouvre en grand ma fenêtre. La vue sur l’East River qui brille dans la nuit et l’air frais de l’automne new-yorkais qui pénètre dans ma chambre m’apaisent un peu. Au lieu de me morfondre au fond de mon lit, je décide de ranger mes affaires. Je commence par mes vêtements, puis je déballe sur le bureau tout mon matériel artistique. Avant même d’avoir terminé de tout disposer, je saisis un crayon de papier et commence à griffonner au hasard dans mon journal intime. J’adore ce genre d’exercice, je ne sais jamais où mon imagination va me mener. Comme sous hypnose, ma main invente un dessin que mon cerveau ne connaît pas encore. Au bout de quelques minutes, je me rends compte que j’ai dessiné un beau jeune homme au regard noir intense et au sourire solaire. Oh wait… Je viens littéralement de faire le portrait du leader de Wander Boyz !

Non, non, ça n’est pas possible ! Si Alice était là, elle me raisonnerait : « Lyra, tu vas te secouer et arrêter d’avoir un crush sur tous les mecs mignons qui passent ! Occupe-toi de tes affaires à toi au lieu de perdre ton énergie avec les garçons ! ». Mais elle n’est pas là et je ne vais pas la rappeler en lui demandant de me faire la morale. Alors je tourne la page de mon journal, je choisis mon stylo plume vintage préféré, celui dans lequel j’ai mis une cartouche d’encre violette et je m’écris cette lettre à moi-même.

Ma chère Lyra,
Au moment où j’écris cette lettre, je me sens nulle. J’ai fait une bonne performance lors de la première émission de 12 WEEKS, mais je sais que je vaux mieux. J’ai conscience que je ne suis pas « boring » comme le disent les internautes, mais il faut désormais réussir à le prouver. Je sais que j’ai en moi les ressources pour montrer que je suis talentueuse et que je mérite ma place dans l’émission.
Je me promets que je vais tout faire pour rester en course le plus longtemps possible. Pour cela, je vais m’entraîner encore plus que d’habitude et je vais créer de nouveaux programmes encore plus difficiles. Je vais consacrer les prochains jours et, je l’espère, les prochaines semaines à m’améliorer et à montrer le meilleur de moi-même. Pas d’excuses : du travail, de la sueur et du fun, parce que c’est comme ça que j’apprends le mieux.
Plus je resterai longtemps dans l’émission, plus je vais pouvoir aider Papy et Mamie financièrement et plus je vais pouvoir réaliser mes rêves sportifs. Alors, je ne lâcherai pas cette aventure new-yorkaise malgré les obstacles.
Je ne laisserai pas les mots blessants m’atteindre et je vais m’appuyer sur ce qui est vraiment important : le soutien de mes proches. Je vais puiser mon énergie dans l’amour de Phil, des grands-parents, d’Alice, de Tim et des autres pour me motiver.
Je viens aussi de rencontrer Ruby, la chanteuse irlandaise. J’espère que je nouerai une belle amitié avec elle et que je me ferai d’autres amis sincères.
À partir de cet instant, je vais tout faire pour que la Lyra du futur soit fière d’elle, fidèle à ses valeurs et qu’elle sorte de cette émission la tête haute.
Allez Lyra, brille fort. Je t’aime.
Signé : Lyra
PS : Ne laisse pas ton crush sur le chanteur de Wander Boyz te distraire de ton objectif !

Une fois la lettre terminée, j’arrache la page de mon journal, la plie et la glisse dans une enveloppe sur laquelle j’inscris à l’encre violette : Pour Lyra. À ouvrir le soir de ta sortie de 12 WEEKS. Puis je glisse l’enveloppe à la fin de mon journal et me fais à nouveau la promesse de tout faire pour la décacheter le plus tard possible.

Quand mon réveil se déclenche à 6h30, j’ai envie de le balancer par la fenêtre… J’ai eu la bonne idée d’utiliser le cadeau offert par la prod et au lieu de faire « dring-dring » comme un réveil classique, cet objet de malheur joue la musique du générique de l’émission. Bref, je suis déjà dans l’ambiance 12 WEEKS alors que je n’ai même pas encore ouvert les yeux.
Je file sous la douche, bien décidée à faire disparaître le brushing qui raidit mes cheveux. La sensation de l’eau sur ma peau achève de me réveiller complètement. Même s’il est tôt, je me sens plutôt en forme, sûrement à cause de l’excitation de faire partie de cette aventure. Une fois sortie de la douche, je parcours avec attention les habits que j’ai installés dans mon placard. Après avoir été présentée au monde entier – bon, j’exagère, mais à peine – comme « boring Lyra », je dois reprendre en main mon image. J’aime toutes les pièces de mon dressing car j’ai chiné ou fabriqué chacune d’elle. Elles ont toutes une histoire ou un souvenir qui leur est associé. Il y a ce gilet jaune oversize que j’ai acheté à Pierrot le pêcheur lors du vide-grenier annuel de Grande-Île l’an dernier, il y a ce bandana fuchsia vintage offert par la mère de Tim pour mes 17 ans, il y a cette salopette qui appartenait à Phil quand il était ado et que j’ai teinte en vert menthe ou encore ce gros pull rose avec une étoile orange au milieu tricoté par Mamie … Je n’achète jamais de vêtement neuf par principe écologique et puis, c’est tellement chouette de chercher chaque pièce, d’imaginer des looks en les assemblant, de bousculer les tendances de la mode en m’habillant exactement comme j’en ai envie et pas autrement. En voyant mon uniforme de la veille abandonné par terre, je pousse un soupir. Clairement, il n’y avait vraiment aucune possibilité que je me sente moi-même dans ces vêtements, même si le côté uniforme de lycéenne japonaise était très mignon ! Mon choix se fixe sur un pull arc-en-ciel que je vais porter avec un short en jeans et des collants épais pour ne pas avoir froid. Il ne fait pas encore jour, mais j’ai pu constater la semaine passées que les températures de l’automne new-yorkais sont fraîches. Et puis, j’ai besoin d’être confortable et de me sentir moi-même pour affronter cette journée après les émotions d’hier. Je remonte en l’air une partie de mes cheveux pour les nouer en un chignon haut et enfin, je me reconnais. Pour célébrer ça, je poste une petite photo #outfitoftheday sur mes réseaux et hop, je file retrouver Phil au restaurant de FACTORY 12.

Il y a foule au restaurant, en attendant Phil, je me prépare un petit déjeuner de championne ! Œufs brouillés, pancakes au sirop d’érable, croissant et jus d’orange fraîchement pressé, je ne me refuse rien, bien décidée à prendre des forces. Je m’assois à une table non loin des trampolinistes brésiliens qui me font un petit signe de la main. Les participants de l’émission sont accompagnés par leur entourage. Pour certains, cela fait presque vingt personnes entre les concurrents et le staff. Il y a de l’animation à toutes les tables malgré l’heure matinale et notre arrivée tardive ici cette nuit.

– Alors, il est bon ce croissant ? me demande Phil alors que je croque une première bouchée dans la viennoiserie.
– Non, il est immonde, je réponds la bouche pleine.
– En même temps, tu t’attendais à quoi d’un croissant américain ?
– Tu me connais, je suis une incurable optimiste, dis-je en songeant sérieusement à recracher mon croissant.
– Tu as meilleure mine qu’hier soir en tout cas. Ta nuit a été bonne ?
– Affreuse. Et toi ?
– Pareil. Ma chambre est à côté de celle des managers coréens, ils ont passé la nuit en visio, je vais devoir investir dans des bouchons pour dormir.
– Je pense que tu peux te coller mon croissant dans les oreilles vu sa texture caoutchouteuse, ça devrait faire l’affaire.
– Mouais, je ne suis pas convaincu… Je vais éviter les croissants, mais est-ce que les pancakes sont bons ?
– Ils ne valent pas les crêpes du goûter de Mamie, mais ils sont comestibles.
– OK, je vais me servir et je te rejoins.
Du regard, je suis Phil qui s’approche du buffet avec intérêt. Avec son style skateur et son air un peu perdu, il dénote des autres adultes de la pièce. Alors qu’il arrose copieusement ses pancakes de sucre, une bande d’adolescents bruns se rue sur le buffet. Je mets quelques secondes avant de reconnaître les membres du groupes Wander Boyz. Ils ne sont plus maquillés et coiffés au millimètre comme hier soir, pourtant, ils me semblent encore plus beaux et rayonnants. Ils suivent Shin comme une portée de chiots suit sa mère. Le leader a l’air de lire les étiquettes des aliments et les autres membres poussent des exclamations de contentement à chaque fois qu’il termine une phrase. D’un air gourmand, ils remplissent leurs assiettes en riant, comme s’ils savouraient leur repas à l’avance. Shin secoue la tête d’un air à la fois incrédule et amusé. Soudain, un de leur manager arrive et les dispute. Visiblement, ils ne sont pas censés manger autant… Alors que les membres rejoignent leur table à la vitesse de la lumière pour engloutir leur assiette, Shin s’excuse auprès du manager. En observant la scène, je comprends pourquoi c’est lui le leader.

Phil revient et s’installe à côté de moi.

– On est d’accord que l’on va mettre à la poubelle les lines que l’on avait prévues pour assurer et qu’on va viser plus spectaculaire ? demande Phil.
– Oui, je compte bien faire oublier la #boring Lyra de la première émission.
– Je me disais qu’on pouvait tenter d’enchaîner les quatre lines que tu as présentées cet été aux fêtes de Grandes-Île, histoire de mettre un peu d’intensité, me propose mon cher manager.
– Enchaîner les quatre ? Il y a beaucoup de freestyle, je ne suis pas certaine d’avoir l’explosivité pour les faire à la suite. Aux fêtes de Grande-Île, nous étions plusieurs à passer, j’ai eu le temps de me reposer entre chaque line. Là, c’est autre chose.
Je me souviens que je me suis promis de tout faire pour rester le plus longtemps possible et ça n’est pas en la jouant sûre que je vais réussir. Je me reprends.
– Mais tu as raison Phil, ça vaut le coup de tester, l’enchainement peut être spectaculaire.
– Très bien, on va bosser ça et t’entraîner comme une sprinteuse de 100 mètres.
– OK, dis-je un peu inquiète. Et pour la musique ?
– On va attendre de connaître la mission que les jurés vont vous donner pour l’émission numéro 2. Il y a un thème pour chaque semaine qui est dévoilé tous les dimanche matin. D’ailleurs, je crois qu’on ne va pas attendre bien longtemps…


En effet, comme elle nous l’avait annoncé la veille, Amber Jaden fait son apparition à l’entrée du restaurant, suivie par plusieurs caméramen qui se répartissent dans la salle pour ne rien louper de nos réactions aux annonces qu’elle va nous faire.

Cette semaine, on vous propose une page calendrier 12 Weeks pour le mois de mai, à télécharger ici et imprimer (ou garder en fond d’écran).

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